Le français à la mesure d’un continent : un patrimoine en partage

Langue de migration d’abord, partie de France, le français se déploie à travers l’Amérique du Nord dans des communautés dont les frontières géopolitiques vont être modifiées à plusieurs reprises. Langue de contact aussi, qui porte en elle les traces d’échanges avec d’autres communautés, au fil de son histoire. Langue de ralliement identitaire enfin, qui rassemble les individus autour de grandes questions de société. Les communautés francophones gardent les traces de cette mémoire qui déterminent ce qu’elles sont aujourd’hui et leur façon de composer avec les enjeux de l’avenir.

L’objectif central de notre Grand Travail est de comprendre les tensions suscitées par le décalage entre frontières linguistiques et frontières identitaires, toutes deux en constante recomposition. Nous nous proposons d’examiner l’intrication de ces frontières, à travers les pratiques et les représentations des locuteurs, ainsi que les communautés qu’ils ont constituées en Amérique française.

Notre Grand Travail place l’individu et sa langue au cœur du changement des sociétés. Ce programme novateur aborde ainsi, dans une approche unifiée, les relations entre la langue comme objet cognitif et comme objet culturel. Pour rendre compte de la complexité de cette relation, notre projet mobilise une équipe interdisciplinaire et internationale de spécialistes de plusieurs disciplines des sciences humaines ainsi que des partenaires réputés dans la francophonie. En prenant la mesure du patrimoine partagé entre les francophones, en évaluant les effets des transferts culturels et linguistiques, en reconnaissant le rôle crucial des représentations et des attitudes face à la langue, nous pourrons mieux circonscrire les enjeux contemporains des communautés francophones, en milieu minoritaire, majoritaire ou multiculturel. Quelles sont les conditions propices aux transferts culturels et linguistiques? Comment les représentations sur la langue agissent-elles sur les comportements des individus? En contexte fortement multiculturel, quel est le rôle de l’école comme véhicule des normes de la communauté? Au-delà du fait francophone, notre projet contribuera à l’avancement des connaissances sur le changement linguistique, la migration et l’interculturalité, et la dynamique des communautés minoritaires.

Ce parcours unique des francophones sur plus de quatre siècles, nous lui donnerons vie dans le Corpus des français d’Amérique du Nord, structuré et lemmatisé, servant de base à une première comparaison systématique des communautés francophones. Ce corpus puisera dans l’expérience ordinaire des individus (correspondance privée à date ancienne, enquêtes en situations de communication spontanée) et reflètera le maillage entre francophones, anglophones et allophones qui ne cesse de modeler les dynamiques linguistiques et culturelles au Canada. Des partenaires à l’engagement social et à la compétence scientifique largement reconnus nous donneront un solide appui pour la mise en valeur de cette mémoire collective : de grands centres d’archives canadiens, américains et français; des centres d’ingénierie de la langue et de recherche sur le français; de grandes écoles. Ces partenariats se concrétiseront dans l’organisation d’expositions virtuelles, de colloques, de conférences publiques, d’instituts d’été, outils aussi bien de formation pour les étudiants diplômés que de mise en valeur de la recherche auprès de la communauté universitaire et du grand public.

Notre Grand Travail, par les questions qu’il aborde, se situe au cœur des préoccupations de la société canadienne. La réflexion qu’il suscitera contribuera à consolider le leadership du Canada au sein de la francophonie internationale.

Article paru dans Le Droit à la suite du lancement officiel du projet, 17 mars 2011